Aux États-Unis, le penny a disparu, et avec lui près de la moitié de la monnaie rendue. La Monnaie américaine a frappé sa dernière pièce d'un cent destinée à la circulation le 12 novembre 2025 à Philadelphie, et le 28 septembre 2026 le Congrès a transmis au président une loi qui autorise les commerçants à arrondir les paiements en espèces aux cinq cents les plus proches. Les guides américains en tirent une conclusion rapide : la poche à monnaie n'a plus lieu d'être.
En Suisse, cette conclusion ne tient pas, et la raison tient dans la main : la plus grosse pièce vaut ici cinq francs, alors que la plus grosse pièce américaine d'usage courant, le quarter, vaut 25 cents. Celui qui paie en espèces en Suisse reçoit un peu plus de pièces qu'aux États-Unis, mais surtout beaucoup plus d'argent en pièces. Savoir si un portefeuille a besoin d'une poche à monnaie n'est donc pas ici une question de style, mais de calcul.
Le français pose d'ailleurs la question mieux que l'anglais. Le mot porte-monnaie dit déjà ce qu'il porte, et dans l'usage courant il désigne souvent le portefeuille tout entier ; quant à la monnaie, c'est à la fois l'argent d'un pays et ce que l'on vous rend au comptoir. Se demander s'il faut encore une poche à monnaie, c'est se demander ce que pèse vraiment la monnaie qu'on vous rend.
Ce que vaut vraiment une poignée de monnaie
La réponse dépend moins du nombre de fois où vous payez en espèces que des pièces qui reviennent à chaque fois. Faisons le calcul : chaque montant inférieur au plus petit billet est considéré comme aussi probable qu'un autre, et rendu avec le moins de pièces possible. Aux États-Unis, sans le penny, cela donne en moyenne 2,7 pièces, moins de 50 cents et environ 12 grammes. En Suisse, où les billets ne commencent qu'à 10 francs, on arrive à 3,9 pièces pour environ 5 francs et un peu plus de 20 grammes, presque deux fois plus lourd.
| Devise | Plus grosse pièce courante | Pièces par poignée | Valeur de la poignée |
|---|---|---|---|
| Franc suisse | 5 francs | 3,9 | environ 5 francs |
| Euro | 2 euros | 4,6 (3,4 là où l'on arrondit à 5 centimes) | environ 2,50 euros |
| Livre sterling | 2 livres | 4,6 | environ 2,50 livres |
| Dollar canadien | 2 dollars | 3,9 | environ 2,50 dollars |
| Dollar américain, sans le penny | 25 cents | 2,7 | moins de 50 cents |
Le tableau est un modèle, pas une enquête. La tendance qu'il montre est pourtant réelle : aux États-Unis, une poche à monnaie pleine, c'est de l'argent de poche ; en Europe, c'est de l'argent tout court. Et les conseils américains sur les portefeuilles minces ont été écrits pour des pièces de 25 cents.
Si la Suisse ne croule pas sous les pièces, c'est grâce à l'arrondi, entré depuis longtemps dans les habitudes. La pièce de 2 centimes a été retirée en 1978, celle de 1 centime en 2007, et les paiements en espèces s'arrondissent aux 5 centimes ; par carte ou par application, on paie au centime près. L'Amérique adopte donc ce que la Suisse pratique depuis près de vingt ans. Si vous avez encore de vieilles pièces d'un centime dans un tiroir : la Banque nationale ne les échange plus que jusqu'au 31 décembre 2026.

Ce que les pièces font à un portefeuille en cuir
La thune, comme on appelle en Suisse romande la pièce de cinq francs, mesure 31,45 mm, pèse 13,2 g et fait 2,35 mm d'épaisseur. Notre cuir fait 1,2 à 1,3 mm : une seule thune est donc presque aussi épaisse que deux couches du portefeuille qui la porte. Quatre thunes empilées dépassent 9 mm et 50 grammes, plus que huit cartes de paiement réunies, qui atteignent à peine plus de 6 mm.
Les cartes répartissent leur épaisseur sur tout le portefeuille, les pièces la concentrent en un seul point. Comment l'épaisseur des cartes s'additionne, et pourquoi la poche arrière est le pire endroit pour elle, nous l'avons détaillé dans bifold, porte-cartes ou pince à billets. Les pièces posent le même problème, mais localisé.
Elles font aussi deux choses que les cartes ne font jamais. Elles mettent leur poids dans un coin, et au fil des mois ce poids tire le portefeuille hors de sa forme de ce côté-là. Et elles bougent : à chaque pas, elles frottent les unes contre les autres et contre le cuir. Dans leur propre poche, c'est sans conséquence, le cuir y fonce et se patine avec les années. Glissées dans une fente à cartes, les mêmes pièces la détendent jusqu'à ce qu'elle ne retienne plus aucune carte.
Qui peut s'en passer, et qui non
En Suisse, on paie encore étonnamment souvent en espèces. Dans l'enquête 2025 de la Banque nationale sur les moyens de paiement, 30 % des paiements sur place se faisaient en espèces, 37 % par carte de débit et 17 % par une application de paiement comme TWINT, et 89 % des personnes interrogées avaient de l'argent liquide sur elles. La poche à monnaie n'est donc pas une relique, mais un objet du quotidien pour beaucoup.
Une poche à monnaie se justifie quand les pièces font partie de votre semaine, pas quand elles y apparaissent par accident. Ce qui compte n'est pas le nombre de pièces que vous possédez, c'est une question pour le bocal à la maison, mais le nombre de pièces qu'on vous rend au cours d'une semaine ordinaire.
- Vous payez en espèces au moins une fois par semaine. Boulangerie, marché, kiosque, le café pris au comptoir. Chacun de ces paiements peut vous rendre une poignée de pièces.
- Une partie de votre quotidien passe par des pièces. Parcmètre, distributeur automatique, consigne, chariot de supermarché.
- Vous voulez tout dans un seul objet. Cartes, billets et pièces ensemble, parfois le téléphone aussi, porté dans un sac ou à la main.
On s'en passe sans peine si l'on paie presque tout par carte ou par téléphone. Et pour un voyage aux États-Unis, elle peut rester à la maison : ce qui reste de monnaie là-bas, sans le penny, est peu de chose et pèse peu.
Fermeture éclair, bouton-pression ou compartiment : la fermeture décide
Si les pièces vous accompagnent, c'est la fermeture qui décide si la poche fonctionne. Une poche qui s'ouvre toute seule est pire que pas de poche du tout, parce qu'elle disperse les pièces dans les fentes à cartes. Il y a aussi le poids : une poignée moyenne de monnaie européenne pèse presque deux fois plus qu'une poignée américaine, et la couture comme la fermeture le portent chaque jour.
- Une fermeture éclair est la seule qui pardonne un portefeuille retourné. Elle convient donc à un portefeuille qui vit au fond d'un sac. Au comptoir, c'est la plus lente. Zeno a une poche à monnaie fermée par une fermeture éclair en laiton, sous un rabat à deux boutons-pression, et les portefeuilles pour femme Marcie, Mini Marcie et Rocco gardent eux aussi leurs pièces derrière une fermeture éclair.
- Un rabat à bouton-pression est le plus rapide. Ouvrez-le, et les pièces sont étalées devant vous au lieu de se cacher au fond d'une bourse, exactement ce qu'il faut quand quelqu'un attend derrière vous. Il est sûr tant que le bouton est fermé. Chez Colin, le rabat est taillé en hexagone et doublé de daim, ce qui rend aussi les pièces plus silencieuses.
- Un compartiment séparé dans un portefeuille long tient la monnaie à l'écart des cartes et compte sur la fermeture du portefeuille lui-même. C'est le principe de Capo : une poche à monnaie à part, dans un portefeuille long fermé par des boutons-pression, pensé pour le sac ou la main plutôt que pour la poche du pantalon.

Une limite honnête vaut pour toute poche à monnaie sur un petit portefeuille : elle est faite pour une poignée. Au-delà, elle bombe, la fermeture travaille sous tension et le portefeuille ne reste plus à plat. Si vous transportez régulièrement un tas de pièces, il leur faut un portefeuille long ou une bourse à elles.
Sans poche à monnaie : où mettre les pièces
Se passer de poche à monnaie fonctionne quand on a décidé d'avance où iront les pièces. Les modèles les plus fins y renoncent volontairement : Aziz, Classico, Palma, Santa et Vero n'en ont pas, parce qu'une poche à monnaie ajoute son épaisseur exactement là où un portefeuille mince cherche à en gagner. C'est un échange honnête, à condition d'avoir un plan pour les pièces.
- Chaque soir dans un bocal. Un bocal sur la commode est la plus ancienne poche à monnaie qui soit, et il retire tout ce poids au portefeuille.
- Vider le bocal régulièrement. Dépenser les pièces dans les parcmètres et les distributeurs, apporter le reste à la banque. Selon les établissements, le dépôt de pièces est gratuit, limité ou payant ; renseignez-vous avant d'apporter le bocal.
- Payer les petits montants par carte ou par téléphone. Les pièces naissent des petits paiements en espèces, ce sont donc ceux-là qu'il vaut la peine de changer.
- Un petit second objet pour les jours de pièces. Un portefeuille compact avec une poche zippée, Zeno et ses 12 x 8 cm par exemple, peut accompagner un voyage ou un jour de marché sans remplacer le portefeuille de tous les jours.

La seule chose à éviter, c'est d'improviser. Des pièces glissées dans une fente à cartes ou derrière les billets détendent le cuir pour de bon, et un portefeuille mince qui a servi de porte-monnaie pendant un mois ne redevient jamais tout à fait mince.
Erreurs fréquentes
- Acheter pour le bocal plutôt que pour la poche. Comptez les pièces qu'on vous rend dans une semaine normale, pas celles que vous avez mises de côté.
- Un portefeuille à monnaie dans la poche arrière. S'asseoir sur quatre grosses pièces, c'est s'asseoir sur près d'un centimètre de métal. Un portefeuille à monnaie se porte devant, dans une veste ou dans un sac.
- Ranger le portefeuille des mois avec des pièces dedans. Les pièces oubliées impriment leur contour dans le cuir. Videz la poche avant de mettre le portefeuille dans un tiroir.
- Utiliser les fentes à cartes comme poche à monnaie. La fente se détend et ne retient plus de carte, et aucun entretien ne la resserre.
- Reprendre les conseils américains sans les vérifier. « La poche à monnaie ne sert plus à rien » est vrai pour des pièces de 25 cents, pas pour des pièces de deux euros ou de cinq francs.
Aide-mémoire
- Comptez les pièces qu'on vous rend dans une semaine normale, pas celles que vous possédez
- Presque tout par carte ou par téléphone : la poche à monnaie peut partir
- Des espèces chaque semaine, au marché, au distributeur, au parcmètre : gardez-la
- Portefeuille qui vit dans un sac : fermeture éclair. Beaucoup de passages en caisse : bouton-pression
- Un portefeuille à monnaie se porte devant, dans une veste ou dans un sac, jamais derrière
- Videz la poche à monnaie une fois par semaine, et entièrement avant de ranger le portefeuille
- Voyage aux États-Unis : la poche à monnaie peut rester à la maison
Questions fréquentes
Faut-il encore une poche à monnaie en Suisse ?
Si vous payez régulièrement en espèces, oui. La plus grosse pièce vaut cinq francs, et une poignée moyenne de monnaie rendue vaut environ cinq francs. Si vous payez presque tout par carte ou par TWINT, vous pouvez vous en passer, à condition de décider d'avance où iront les pièces, pour qu'elles ne finissent pas dans les fentes à cartes.
Arrondit-on aux 5 centimes en Suisse ?
Pour les paiements en espèces, oui, aux 5 centimes les plus proches, parce que les plus petites pièces n'existent plus : la pièce de 1 centime a été retirée en 2007, celle de 2 centimes en 1978. Les paiements par carte ou par application se font au centime près. La Banque nationale échange encore les anciennes pièces d'un centime jusqu'à fin 2026.
Les pièces abîment-elles un portefeuille en cuir ?
Pas dans une poche à elles que vous videz régulièrement. Le problème vient des pièces mal placées : dans une fente à cartes, qui se détend pour de bon, ou laissées des mois dans un coin, dont le poids déforme le portefeuille. Dans une vraie poche à monnaie, le cuir se contente de foncer et de prendre de la patine avec le temps.
Une poche zippée vaut-elle mieux qu'une poche à bouton-pression ?
Tout dépend de votre façon de porter. La fermeture éclair est la seule qui pardonne un portefeuille retourné, elle convient donc à un portefeuille qui vit dans un sac. Le rabat à bouton-pression est plus rapide en caisse, parce que les pièces sont étalées devant vous, et il est sûr tant que le bouton est fermé.
Faut-il une poche à monnaie pour un voyage aux États-Unis ?
Guère. Depuis la fin du penny, la monnaie rendue se réduit en moyenne à moins de trois pièces, qui valent ensemble moins de 50 cents, et beaucoup de paiements se font de toute façon par carte. Un porte-cartes mince suffit le plus souvent. Pour le Canada ou le Royaume-Uni, c'est différent : il y existe des pièces de deux dollars et de deux livres.
Quels portefeuilles Semender ont une poche à monnaie ?
Six modèles : Zeno, Colin, Capo, Rocco, Marcie et Mini Marcie, la plupart avec une fermeture éclair, Colin avec un rabat à bouton-pression. Les modèles les plus fins, dont Aziz, Classico, Palma, Santa et Vero, y renoncent volontairement pour rester plats.
La fin du penny est une nouvelle américaine, avec une réponse américaine. En Europe, pour tous ceux qui paient encore en espèces, la poche à monnaie reste une vraie poche pour de l'argent véritable, à condition qu'elle se ferme comme vous portez. Tous les modèles, avec et sans poche à monnaie, sont réunis dans portefeuilles, et la version à rabat et bouton-pression s'appelle Colin.